** Objectifs de V3S ** V3S (Virtual Reality for Safe Seveso Substractors) a pour objectif le développement d'un outil de simulation des situations de travail dangereuses touchant aux activités de sous-traitance sur des sites à hauts risques (site industriels Seveso notamment). L’accident de Toulouse a brusquement orienté les projecteurs des médias et de l’attention publique sur les problèmes de la sous-traitance dans les installations industrielles à risque et en particulier les installations Seveso. Les problématiques à traiter sont : * Des problèmes de formation (connaissances, savoir-faire, …) lié à la dilution et à la perte de l’information dans les interfaces. « Le recours de plus en plus large à la sous-traitance dans les installations industrielles les plus dangereuses pose des problèmes de connaissance des produits et de transmission des informations entre l’exploitant de l’installation et ses sous-traitants » (rapport de l’Inspection Générale de l’Environnement dirigé par François Barthélémy du Conseil Général des Mines, suite à l’accident d’AZF). Avec le départ à la retraite des anciens (ceux qui ont construit les installations, ceux qui ont déjà vécues des pannes, des incidents et des accidents), et avec l’exigence grandissante de polyvalence et l’évolution des contraintes économiques qui pèsent sur les coûts et les délais), le maintien d’un haut niveau de compétences permettant de garantir une sécurité optimale sur le site est un défi pour les industriels. * Des problèmes de prise de décisions. Selon Rémy Jean, professeur associé au département d’ergologie de l’université de Provence et qui est intervenu en appui à la commission d’enquête du CHSCT (Comité d’Hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail) à Toulouse : « Le désengagement du donneur d’ordre, la méconnaissance des réalités qu’elle induit, l’opacité des activités réciproques, les difficultés de coopération et de communication, le défaut d’intérêt commun générateur de conflictualité que l’on a pu constater […] ne sont pas des phénomènes particuliers, spécifiques à l’entreprise considérée [AZF], ils sont en réalité inhérents à cette forme spécifique de division du travail qu’est la relation de sous-traitance » ; « L’entreprise preneuse d’ordre se trouve […] prise en permanence dans un système de contrainte économique implacable où elle a toujours plus à perdre qu’à gagner et qui la pousse naturellement vers un « moins disant » au plan social et en matière de sécurité ». De son côté l’entreprise donneuse d’ordre « demeure littéralement et par construction « aveugle » aux conditions d’emploi, de travail et de sécurité du sous-traitant puisque le contrat qui lie les deux parties est de nature commerciale et qu’il se fonde sur une obligation de résultats et non de moyens. Dans cette relation, où le droit du travail est largement inopérant, l’entreprise donneuse d’ordre tend même à s’abriter derrière l’interdiction juridique d’ingérence dans l’activité des sous-traitants pour justifier son «aveuglement» volontaire aux pratiques sociales et organisationnelles génératrices d’insécurité. » M. Jean met aussi l’accent sur le poids grandissant des contraintes économiques par rapport aux contraintes de sécurité dans la relation de sous-traitance et souligne un paradoxe important : « celui de la concomitance de ce renforcement continu de la réglementation en matière de sécurité avec une déréglementation sociale qui va croissant ». Enfin il constate une modification dans la culture de sécurité née de cette relation de sous-traitance. Le manque de contrôle du donneur d’ordre sur l’activité de son sous-traitant l’oblige à passer à une application formelle ou procédurière : « De manière plus générale, l’évolution divergente des normes de sécurité et des normes de gestion de la main d’œuvre aboutit à des situations de travail où la prévention des risques professionnels relève de plus en plus d’une conformité formelle aux procédures et de moins en moins d’une maîtrise réelle des risques dans et par l’activité. » Toujours à la suite de l’accident d’AZF, la commission parlementaire présidée par F. Loos considère que « dans les sites industriels classés Seveso, la sous-traitance et les emplois précaires doivent être sous contrôle. (…) Le constat est unanime, la sous-traitance en cascade, et qui plus est la sous-traitance à base d’emplois précaire, aggrave considérablement les risques ». Ceci passe par une surveillance de la sous-traitance, qui en transférant à une autre entreprise la gestion d’une partie du personnel, dilue la chaîne de responsabilité. Les enjeux d’organisation (tout particulièrement dans des contextes de co-activités) étant centraux, la relation donneur d’ordre / sous-traitant doit se maintenir dans (ou évoluer vers) une relation de partenariat synonyme de meilleure sécurité et éviter une relation purement commerciale. La prise en compte concertée des exigences de sécurité est un défi pour les industriels tout au long de la chaîne de décision qui jalonne les relations entre les sites à hauts et les sous-traitants : 1/ l’élaboration des spécifications d’achat, 2/ la contractualisation / la sélection des sous-traitants, 3/ la planification des chantiers, 4/ l’analyse de risques (plan de prévention, autorisation de travail, permis divers, accueil et ouverture des chantiers), 5/ la mise à disposition des installations, 6/ le contrôles des entrées / sorties et de la circulation sur le site, 7/ la mise en œuvre des solutions de sécurité dans la réalisation des chantiers, 8/ la supervision des chantiers et des services, 9/ la gestion des modifications, 10/ la réception des prestations, 11/ la gestion des zones de vie, 12/ le choix de coordination et gestion des dynamiques de groupes, 13/ la gestion des compétences (recrutements, formation, exercices, évaluation, rémunérations, 14/ la gestion des outils et équipements, 15/ la gestion des procédures, des règles et des méthodes d’intervention, 16/ les processus de direction (réalisation d’audits –audits croisés entre site industriels et sous-traitants-, d’analyse d’évènement, élaboration des stratégies d’entreprises, plans d’action…). \\ La sous-traitance, inévitable ou tout simplement nécessaire à l’industrie, a été montrée du doigt au cours des dernières années. Au-delà de la réaction épidermique liée à la pression populaire qui réclamait un bouleversement dans la surveillance des installations industrielles à risque pour éviter un nouvel accident du type d’AZF, des questions fondamentales sont posées. Les questions opérationnelles de V3S sont ici les suivantes : les technologies de réalité virtuelle peuvent-elles aider à diminuer le nombre de causes d’accidents liées aux Facteurs Humains et Organisationnels en améliorant les outils de formation et d’aide à la décision ? Comment ? Dans quelle mesure ? A quelles conditions ? L’équipe de recherche de V3S pose l’hypothèse que l’efficacité de la réalité virtuelle en matière de formation et d’aide à la décision pour la maîtrise des risques tiendra au fait qu’elle permettra aux opérateurs et aux managers (et tout particulièrement aux managers de proximité) de voir l'impact de leurs décisions sur le système technique, organisationnel et humain dont ils ont la charge. Aussi, le défi de la technologie V3S est de permettre la construction de simulations sur-mesure (modes opératoires en train de se faire, dégradation progressive des situations de travail, etc.), adaptées aux besoins des partenaires industriels du projet. La plate-forme V3S proposera deux applications : * une application dédiée à la formation * une application dédiée à l'aide à la décision pour tester et améliorer les solutions de la maîtrise des risques. En tant qu'outil dédié à la formation, V3S proposera aux opérateurs et aux managers de : * Se former aux réglementations, aux exigences normatives, aux procédures sécurité, aux règles, aux bonnes pratiques métiers. * Se former à la préparation des activités (planification, constitution des équipes, analyse des risques potentiels, élaboration des plans de prévention, des autorisations de travail et des divers permis). * Se former au contrôle du bon déroulement des activités critiques. * Se former à prendre les décisions qui doivent accompagner le résultat des contrôles. * S'entraîner dans des situations perturbées : * Co-activités, pressions temporelles, irréversibilité des actions, … * Environnement physique difficile (froid, vent, …), * Fatigue ou stress accumulé, dépression, alcool, … * Conflits, différences de cultures, coopérations difficiles, … * Problèmes de matériel, d'outils, d'équipements. * Reconstituer des scénarios d'accident, rejouer les situations pour comprendre les contraintes qui ont pu peser sur les opérateurs et les managers, conduire des analyses de risques post-accidentelles ou des analyses d'évènements critiques. Par l'immersion des opérateurs finaux, des équipes, des analystes de sécurité, des directeurs, dans les environnements virtuels (VEs) spécialement modelés pour l'apprentissage, il sera possible de presque "vivre" des situations critiques, amplifiant ainsi l'expérience des personnes et leur permettant d'exploiter convenablement les concepts de Facteurs Humains et les bonnes pratiques d'Organisation. Du point de vue des personnes formées, V3S offrira une aide dans l'amélioration des compétences : * individuelles (aspects techniques, humains, organisationnels et réglementaires) * collectives : comprendre la logique des procédures, des tâches, des règles de travail, les rôles d'un groupe de travail, les barrières de sécurité techniques ou procédurales (permettre aux acteurs de mieux les intégrer et non de les percevoir comme des futilités imposées) ; travailler la communication, le pilotage de l'action, la construction d'un capital confiance et d'une coopération durable. Du point de vue des formateurs, V3S permettra de : * concevoir rapidement des programmes de formation ciblés sur les besoins spécifiques des entreprises (basés sur le Retour d'expérience, l'analyse d'accidents, les analyses de risques potentiels, les résultats d'audits ou d'analyse de tâches), * mesurer l'efficacité des apprentissages, En tant qu'outil d'aide à la décision, V3S proposera aux opérateurs et aux managers de modéliser les environnements de travail et les modes opératoires qu'ils veulent concevoir ou modifier, afin de tester les options disponibles. V3S intégrera des critères liés aux contraintes techniques des interventions sous-traitance, aux coûts, aux délais, à la sécurité et au respect de l'environnement. Les outils de réalité virtuelle seront connectés à des tableaux de bord présentant un comparatif des avantages et inconvénients des solutions simulées. Avec V3S, les analyses de risques avant ou après accidents (HAZOP, FMEA, arbre des causes, arbre d'événement, analyse de risque préliminaire, analyse des tâches, etc.) pourront être réalisées au plus près des réalités de terrain, en intégrant les problématiques liées aux Facteurs Humains et Organisationnels. Par ailleurs, en tant qu’instrument d'échange d'informations, ces environnement virtuels issus de la technologie V3S permettront d'améliorer la communication et la coordination entre les différents acteurs en interaction (entreprises utilisatrices et entreprises sous-traitantes), et de ce fait favoriseront la mise en place et le pilotage de stratégies d’entreprise (allocation des ressources, définition des rôles, élaboration de procédures, plans de formation, etc.) mieux adaptés aux contextes d'intervention.